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Comme une seconde nature

par El-Houari Dilmi

Non, je ne parlerai pas de l'attentat manqué contre Trump. Ni de la canicule qui fait saigner du nez un dromadaire. Ni même de ces jeunes qui se font ôter la vie en voulant faire trempette sur nos plages «privatisées». Ni du nombre de cadavres ensanglantés sur nos routes. Non, encore moins de tous ceux qui nous dessinent, comme un destin effroyable, une fin du monde proche, alors que nous ne savons pas vraiment quel monde voulons-nous. Non, je veux parler de moi, de mon pays l'Algérie. Un pays à l'Histoire aimée, vénérée par d'autres peuples dans le monde. L'Algérien aime toujours palabrer, parler à lui-même. Je me souviens de ce vieil homme, lequel devant les «hommes-troncs» qui présentaient le Journal télévisé, les qualifiaient de «travailleurs de la langue» ! La langue, le seul organe qui ne contient pas d'os comme dirait l'autre... Le dézédien passe au moins huit heures par jour (plus qu'il ne boulotte !) à parler au téléphone sans que personne ne trouve aucun mal à deviner sur quoi il pourrait bien «déblatérer», pendant tout ce temps qui ne veut pas mourir. Comme une seconde nature, l'Algérien a un besoin irrépressible de «brûler» son énergie en faisant simplement bouger sa langue. Le dézédien te dit six fois «salam aâlikom» s'il te croise autant de fois dans la journée. Il est même capable de parler la bouche pleine, dans n'importe quelle langue, avec tous les mots qui lui «transitent» par la tête. Il faut bien se convaincre que l'Algérien a une soif irrépressible de «se dire» à l'autre, de montrer sa langue fourchue à tous, son nez bien droit et ses pieds bien plats. Même la mort en Dézédie ne ressemble pas aux autres «morts» sous d'autres cieux. Un homme est mort sur une plage, tué par la chute d'un poteau électrique. C'est que l'Algérien continue de mourir en vrac... Dans la rue, tout le monde se plaint de ce «mur invisible» qui le sépare d'une vie... normale, colorée et sans souffrances... Les Algériens des deux sexes, de tout âge et de toutes conditions, continuent à dire leur mal-être, parfois avec des mots crus. «Allah ghaleb», religion déclarée du peuple, est devenue l'incantation de tout Algérien comme incapable de faire face à ses trop nombreuses ornières...