
Nous avons de la chance de posséder un terroir très riche
dans son contenant patrimonial inspirant. Son capital linguistique est chargé
de morale et débordant de sagesse pour ceux qui savent l'apprécier. Aussi,
parler et manger ont une mesure dans la vie de l'être humain pour subsister. Et
les plus habiles d'entre nous ne sont pas trop distraits et suivent avec
attention ce qui se dit autour d'eux quand ils sont en pleine discussion assis
autour d'une table. Aussi à ce sujet, il y a un dicton populaire hérité des
anciens qui s'adresse aux pensifs et qui dit : ?Ila fetek
elklem, goul smâte, wa ila
fetek t'âam, goule ch'baâte? (si tu rates des mots, dis que tu as entendu, et
si tu as loupé le repas, dit que tu es rassasié) pour signifier qu'on ne va pas
revenir sur ce qui a été dit. Une formule qui interpelle les étourdis et les
rêveurs pour leur indiquer que la discussion est close et que les couverts ont
été rangés pour ceux qui ont l'esprit qui voyage. Les gens précautionneux
savent écouter quand les plus sages parlent. Et par pudeur, les plus
respectueux mangent quand les autres convives commencent à manger. Pour ne pas
froisser les pairs, quand on est en leur compagnie, il faut susciter notre
intérêt à la discussion ou à la nourriture partagée. La moralité « ila fetek elklem
», si tu rates des propos, soit correct, et réponds que tu as bien entendu pour
ne pas paraître aux yeux des présents un inattentif. Et si tu arrives en retard
à une table, alors que les couverts ont été rangés après le repas, dis que tu
es rassasié pour ne pas gêner tes hôtes, « ila fetek etâam goul
ch'baâte ».
Cette juste réflexion est employée à l'attention des
arrogants qui affichent leur indifférence à la parole pertinente. Et il faut
toujours chasser les pensées qui troublent et absorbent l'esprit et ne pas
rester solitaire avec sa tête quand on est compagnie des autres. Lorsque le
temps ne joue pas en notre faveur et que la dernière louche de soupe a été
servie aux présents en notre absence, il faut savoir répondre gentiment, même à
contrecœur « ch'bâte ! » (Merci je suis repu). Le
temps passe, les paroles aussi et les expressions proverbiales continuent à
enrichir le langage populaire de sagesse et de culture à ce jour. Les
retardataires, les indifférents et les irrespectueux du temps sont visés par
cette formule qui rappelle à l'ordre les irresponsables qui ont la tête plongée
dans les nuages.