
Mercredi passé, alors rentrant à peine du congé, le
wali d'Aïn-Temouchent, M. Ahmed Hamou
Touhami, a convoqué une réunion d'urgence avec les
élus locaux de l'APC de Béni-Saf. D'emblée, le chef
de l'exécutif n'est pas allé avec le dos de la cuillère. Il s'est longuement
penché sur les problèmes dont souffre la commune de Béni-Saf,
particulièrement en ce qui concerne le manque d'hygiène, l'éclairage public, le
foncier et l'aménagement. Dans un discours poignant, le wali a dressé un
tableau noir sur la gestion de la commune dans lequel il n'a pas hésité à tirer
à boulets rouges sur les élus locaux, pointant ainsi du doigt l'origine du mal
qui ronge la commune. « Béni-Saf, la deuxième commune
de la wilaya, est devenue une «mazbala» (comprendre
une poubelle)», lancera le wali. État alarmant de l'environnement, inefficience
de l'éclairage public et de la voirie, mauvais état des routes en milieu urbain
sont quelques-unes des caractéristiques actuelles de la ville qualifiée à une
certaine époque de coquette par les chantres. La goutte qui a fait déborder le
vase est que dix municipaux dont des élus et des administratifs se trouvent
devant la justice ou encore les absences répétées de certains élus pour une
raison ou une autre. Est-il crédible qu'un maire ou un autre élu reste aussi
longtemps en congé de maladie. «Arrêtons cette mascarade, celui qui n'est pas
capable d'accomplir ses tâches, qu'il démissionne et cède la place». «Je suis
prêt à trouver des fonctionnaires de l'État pour prendre en charge les affaires
de la commune pour le restant du mandat», dira t-il.
Les élus présents et, soulignons-le, encore actifs, ont entendu des vertes et
des pas mûres devant des cadres de la wilaya et de la presse locale présents
dans la salle de réunion de l'hôtel de ville. Le wali était encore plus remonté
contre les responsables ayant entravé le bon fonctionnement des travaux aux
chantiers inscrits. Il juge «très grave et dangereuse» la manière avec laquelle
sont gérées les affaires des citoyens. Des projets mal répartis, d'autres
inscrits sur la base de fausses indications ou procédures, des dossiers de
développement mal gérés, des programmes inscrits n'importe comment, mauvaise
coordination entre les membres de l'exécutif et les autres élus, des projets
réceptionnés hideux.
La SG de l'APC s'est même plainte auprès du wali du
peu de «place» qu'on réserve à ses prérogatives avérées par les lois de la
République. Une autre élue fera de même au sujet de certaines difficultés qui
ne lui permettent pas d'accomplir pleinement sa qualité d'élue. À propos de
l'hygiène publique, le wali demandera aux responsables de se redéployer dans
l'immédiat sur le terrain et fournir plus d'efforts. «La ville est trop sale.
C'est une honte», s'indignera-t-il encore. « Ce dossier ne devrait même pas
figurer à l'ordre du jour des réunions des assemblées populaires communales,
car c'est un travail qui doit s'effectuer quotidiennement». L'autre point noir
évoqué par le wali concerne l'éclairage public. Plusieurs quartiers sont
plongés dans le «black out» depuis plusieurs mois,
voire des années, notamment l'entrée de la ville (côté cimenterie) où le wali
aura compté, lundi soir, pas moins de 64 lampadaires hors service. Cette
situation est d'autant plus déplorable lorsqu'on considère tous les efforts (et
l'argent aussi, bien sûr) qui ont été déployés dans le passé pour pallier cette
carence. Le chef de l'exécutif a clairement fait ressortir dans ses propos, qui
n'ont pas été du tout tendres, que des mesures seront
prises dès la prochaine rentrée scolaire et sociale, si des améliorations ne
seront pas constatées. « Dépassez vos dissensions, mettez la main dans la main
et remettez à sa bonne place cette ville de Béni-Saf
qui vient de recevoir plus de 3 millions d'estivants en moins d'un mois», ce
sont là les derniers mots de M. Touhami.