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La théorie du crétinisme

par Kamal Guerroua

«Il n'existe que deux choses infinies : l'univers et la bêtise humaine... mais pour l'univers, je n'ai pas de certitude absolue». En lisant cette citation d'A. Einstein, le général Nezzar, passionné des livres d'histoire et de science-fiction, s'est vite souvenu de ses heures de gloire à la tête de l'Etat au début des années 1990. Mais quel en est le secret? En vérité, le général a quelque chose de très particulier, voire d'extraordinaire. Même si son nom reste à jamais collé à cette parenthèse de sang et de larmes que tous les Algériens détestent, il aurait quand même réussi un exploit. Celui de tordre le cou à certains clichés réducteurs concernant les militaires. Ce n'est pas rien! Mais au contraire, un véritable travail de fourmi au sein de «la Grande Muette». Une institution qui, quoique décidant sur tout et rien en Algérie, porte bien ce nom-là, bizarre! «Lui, au moins, aurait dernièrement confié sous couvert d'anonymat un haut cadre retraité du ministère de la Défense (MDN) à un journaliste de l'A.F.P, n'est pas un handicapé de la langue comme tous ses camarades, encore moins un introverti, il parle et se défoule à sa guise contre cette comédie de Dawla Madaniya (Etat civil) de Saâdani». Il est certain que Nezzar n'a rien d'un Sun Tzu, Machiavel, Clausewitz ou d'un Baltazar Gracián, le stratège jésuite du temps de Phillipe IV, nommé «père de la victoire». Mais son éloquence et son courage à «déranger» et à dire ce qu'il pense font jaser, à l'heure qu'il est, tous ses

anciens ex-collègues de l'establishment et même dans l'autre camp, celui du petit Saïd et sa clique.

Pour l'anecdote et non des moindres, il y a quelques jours seulement, de retour d'une visite privée à Moscou, le général Tewfik aurait lancé, souriant, cette pique à son camarade «janviériste» «et toi, tu ne peux pas te taire! Ça y est, maintenant, l'équipe de Saïd et de Saâdani a remporté la bataille, la D.R.S est morte» et à Nezzar de lui répondre sur le même ton, un brin ironique, «Il faut rire avant que le ciel ne nous tombe sur la tête, chante Laurent Gerra à l'Olympia» «Ah bon! Tu écoutes de la musique toi?» «Assez souvent» «Quel genre?» « Pop-Gnawi!» «Je connais pas!» «T'es bête ou quoi? Ta promotion de Tapis Rouge ne t'a rien enseigné à part le bruit de la gégène! Terrible, comme ces Russes-là sont des brutes!» « Mieux que les Français de toute façon, mais pourquoi tu te moques de moi comme ça?» «Non jamais! L'art des blagues existe en vrai?» «L'art des blagues! Mais c'est quoi ce délire?» «Oui! Je confirme mes propos. C'est une unité théorique dans la théorie du crétinisme»

«Purée! Pour une fois, tu m'apprends une chose, moi, qui me crois pourtant le cerveau immortel et puissant de la nation» «Ecoutes, selon cette théorie, il faut jouer toujours et dans tous les cas l'imbécile» «Comment ça?» «Chaque jour, tu fais une séance de pantomime chez toi pour t'entraîner» « A quoi?» «A faire croire aux autres que tu ne parles pas, ne vois rien, ne comprends rien de ce qu'ils disent ou font» «Et le but dans tout ça?» «C'est simple, les faire entrer dans ton jeu. Et puis à la fin, ils finissent par être l'hameçon qui attire les autres, ça s'appelle la nasse de crétins» «Génial! Et après?» «Tu prends le contrepied de tout ce que tu as fait au départ» «C'est-à-dire?» «Tu commences à parler comme un perroquet de tout et de rien. Et là, les autres sortent leur grande artillerie pour se défendre, mais c'est trop tard!» «Pourquoi?» «Tu sais tout sur eux et ils ne savent rien sur toi» «Mais pourquoi tu n'a pas fait tout ça avant?» «Je t'ai dit que tu n'y comprends rien! Avant, dis-tu? Mais t'as oublié que Aït Ahmed était vivant et qu'il connaissait bien cette théorie. Il l'aurait même enseignée à Bill Clinton à Boston».