
Faut-il
écrire sur la énième hospitalisation de Bouteflika en France ? Presque non. La
maladie de ce président est tombée dans le domaine de l'anecdote. On y retrouve
le casting de nos misères et banalités : un hôpital français, un démentit
algérien, une ambulance, quelques TV et un nombre d'articles lassés, mêlant
astrologie, analyse et observation des horizons. C'est que cette affaire a
lassé : elle n'est ni vie, ni mort, mais une routine. La fonction présidentielle
ne garde, de son emploi ancien, que la figure figée de ce monsieur, recevant
des étrangers pour prouver qu'il y a une vie, après sa maladie, au reste du
monde et pas à son pays. Quand à nous, Algériens, enfermés et suspendus par les
pieds à nos astres, on s'est accommodé de cette régence, par défaut, assurée
par un premier ministre, entouré de quatre autres premiers ministres dont un
homme d'affaires, un frère, un Général repêché et un Kabuki, devenu patron du
FLN. En Algérie, on a regardé les TV françaises nous parler d'une affaire qui
ne nous concerne presque pas. Ici, ce ne fut pas un événement, ni un
non-évènement. Mais quelque chose de l'ordre du cycle et de la vie des
feuillages : ils viennent, s'étalent, se consomment d'attendre puis se rétractent
vers l'éternité. En conclusion, depuis Chadli, on a compris que l'on n'a plus
besoin de Président mais seulement de son adresse postale. Même la question de
l'après est devenue secondaire : il n'y a pas de vie avant la mort, pourquoi
s'interroger sur une vie après la mort ? Après Bouteflika ? On ne sait pas : on
va, seulement, continuer, mâcher, marcher et chercher puis rentrer au soir. Le
pays est un point d'eau, pas un forum de civilisation : on va presque suivre
les puits de pétrole comme les ancêtres suivaient les sources. Il y a eu
annulation du peuple et de la Présidence. Au profit de qui ? Une entité aveugle
qui dévore et se défend, maquis obscur, une société anonyme avec des
actionnaires que l'on change ou déchois. C'est un Pouvoir mou et sourcilleux,
maquisard par essence, occulte par mystique de l'autorité. Alger n'a jamais été
Capitale au fond, juste un maquis. L'espace d'un Katibat à l'ancienne où le
pseudo a des noms de Roi.
Donc,
ce ne fut pas un événement. Il est parti, il s'est allongé, on l'a soigné, il
est revenu. Entre temps rien n'a bougé : ni nous, ni le temps. Seulement le
sable. Il a dessiné un désert. Puis nous nous sommes, tous, endormis.