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![]() ![]() ![]() ![]() Le peuple algérien, victime certainement au plus haut degré
de l'abjection colonialiste, est tout à fait justifié à qualifier le fait
colonial de crime contre l'humanité. Ce à quoi vise le projet de loi dont une
centaine de députés a pris l'initiative. Mais il ne faut pas croire que
l'adoption de ce texte par le parlement algérien ouvrira, comme le voudraient
ses promoteurs, la porte à des poursuites judiciaires contre des responsables
français de l'époque encore en vie pour les crimes commis durant la
colonisation. Bien sûr, l'Algérie pourrait, en s'appuyant sur son texte de loi,
organiser chez elle des procès de cette nature, mais dont la portée et les
jugements n'auront que valeur symbolique.
Pour qu'il en aille autrement, il faudrait que la qualification de crime contre l'humanité de la colonisation ne soit pas le fait de notre pays seul, mais résulte, ainsi que l'a souligné Kamel Rezzag-Bara, conseiller du Président Bouteflika aux droits de l'homme, d'un consensus mondial à faire aboutir dans le cadre de l'organisation des Nations-Unies. D'où l'appel dans ce sens que ce juriste a déclaré qu'il allait lancer en direction de la communauté internationale. Tant que ce consensus n'existera pas, il ne sera pas possible, selon cette même personnalité, de poursuivre la France devant les juridictions internationales en l'accusant de crimes contre l'humanité. Si cela est juridiquement exact, alors la loi que nos députés veulent faire aboutir, et aussi justifiée qu'elle soit aux yeux des Algériens au regard des terribles atrocités dont la colonisation de leur pays a été jalonnée, n'aura de signification concrète que d'être la réplique algérienne à l'infâme tentative qui en France a voulu glorifier cette colonisation. Il reste alors à l'Algérie, pour être conséquente avec sa vision du fait colonial, d'engager, comme l'y invite Rezzag-Bara, une campagne afin d'inciter la communauté internationale à classer la colonisation au rang de crime contre l'humanité. Comme cela s'est fait pour l'esclavagisme, l'apartheid et les génocides. Elle sortirait ainsi le problème du seul tête-à-tête franco-algérien dans lequel il est présentement confiné et qui permet à la France d'en récuser la réalité au prétexte que la version algérienne du fait colonial est une exagération qui n'aurait pas de fondement historique. Les autres pays de la planète qui ont subi les affres de la colonisation, même à des degrés peut-être moindres que l'Algérie, ne sauraient rester indifférents à son initiative. Ne serait-ce que par refus de continuer à accepter que les hécatombes humaines provoquées au long de cette période doivent être tues et oubliées parce que la colonisation aurait eu un rôle et des réalisations civilisationnels. Pour nous Algériens, c'est bien sûr la colonisation française qui est en cause, mais l'internationalisation de la demande de criminalisation doit viser à ce que cette qualification s'applique à toutes les autres et que sa reconnaissance n'en exclue aucun pays anciennement colonisateur de l'obligation d'en reconnaître le bien-fondé et d'en faire au moins acte d'aveu, sinon de repentance et d'indemnisations. |
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