Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

Du criminel sioniste Shalit à l'agent Sansal

par Lakhdar Ydroudj*

Il est clair que la France république de la trinité (liberté-fraternité-égalité) ne respecte pas les droits de ses concitoyens et ne les considère pas comme des égaux.

Le bruit autour de Boualem Sansal un Algérien naturalisé français depuis moins d'une année bénéficie des égards, des appuis et surtout des discours malsains et hyper provocateurs d'une grande partie des politiciens français et toute la frange de la droite, ses extrêmes droite et ses relais, et de tous les medias au point de devenir une fixation pour la politique française et ses responsables. Les voix sages sont reléguées à un second étage pour les étouffer. Le bruit assourdissant des médias notamment des chaines racistes et xénophobes sur le cas Sansal interpelle toute personne sensée afin de chercher les tenants et les aboutissants de cette affaire super médiatisée, qui reste une affaire algéro-algérienne depuis le début jusqu'à ce que l'auteur de l'affaire purge sa peine dans les prisons algériennes, sous l'autorité de l'Etat algérien, comme citoyen algérien, car en face la France observe un silence radio sur d'autres Français emprisonnés dans d'autres pays.

Comme première correction du cas Boualem Sansal n'est pas un ressortissant franco-algérien mais un citoyen algérien naturalisé français. Le deuxième point : il n'est pas âgé de 80 ans mais de 74 ans. Troisième correction, il s'est présenté à la police des frontières avec un passeport algérien et non pas un document de voyage français.         Quatrième correction, l'Algérie n'est pas un Dom Tom et donc un Etat souverain dans toutes les prérogatives pour sauvegarder son histoire et défendre ses intérêts. Enfin, Sansal n'est pas un détenu d'opinion mais un agent de l'étranger puisque il s'est porté volontaire pour porter atteinte aux institutions du pays et de tous les Algériens. Ses relations privilégiées avec les hautes sphères de la France doivent être expliquées afin d'éclairer l'opinion publique nationale.

C'est bizarre que la France fasse toujours des bruits politico-médiatiques pour récupérer des ressortissants étrangers qui ont bénéficié de la nationalité française. Le scénario de l'écrivain algérien Sansal nous rappelle la mobilisation de l'Etat français au plus haut sommet pour la libération d'un criminel sioniste, en l'occurrence le soldat Shalit (double nationalité) qui s'est engagé dans une unité de combat pour étoffer son état de sévices et allonger la liste des victimes à son actif avec les Palestiniens notamment les enfants, les femmes et les civils. La pression des discours politiques et les revendications de sa libération n'ont pas donnée lieu à une quelconque satisfaction sauf celle de la libération de 1.000 otages palestiniens des geôles sionistes. Le cas de Gilad le baby criminel (il avait 20 ans lors de sa capture comme prisonnier de guerre) est resté au travers de la gorge de Sarkozy le président français hongrois et juif.

Pour revenir à la préoccupation française au cas de Boualem Sansal, il faut rappeler un fait très important à ce sujet que l'auteur lui-même a reconnu devant le tribunal de Dar El Beïda qu'il ne voulait pas nuire à son pays1. Faut-il aussi rappeler que Sansal est un ressortissant algérien né en 1949 en Algérie dont le père est d'origine marocaine. Le poste de cadre qu'il a occupé au ministère de l'Industrie lourde a été un privilège pour avoir accès à des informations importantes pour ne pas dire sensibles. C'est au tribunal de déterminer la classification et la sensibilité des documents. Mais des vidéos circulent sur les réseaux sociaux dans lesquelles il reconnait avoir ficelé des rapports et les envoyer à l'étranger et à des ambassades étrangères en Algérie. C'est de l'espionnage. C'est le seul vocable pour déterminer et qualifier ce genre d'activité. Une autre remarque s'impose au sujet de Sansal c'est sa visite en Israël (pour les besoin de l'article) -Palestine- qui reste un pays interdit aux ressortissants algériens à visiter. Or, il a été la vedette d'une caméra le filmant en train de porter une kippa devant le mur des Lamentations.

D'autres vidéos le présentent devant une audience sioniste dans une salle décorée par des pancartes du CRIF2, faisant l'éloge de ses activités pour le rapprochement de responsables algériens avec des sionistes pour un éventuel partenariat, sans parler des outrages à son pays. Pire, il vantait les mérites des milices criminelles sionistes durant la guerre des six jours en affirmant avec un ton de bravoure « (...) bravo Israël d'avoir ratatiné les armées arabes pour donc j'ai échappé à la guerre, [rires] j'aurai pu [inaudible] au Sinaï. Pour moi la Palestine c'était une abstraction. Donc pour moi c'était Syria, Irak, je ne sais pas égyptien et ça m'intéressait pas ». Les propos ont été repris tels qu'il les a prononcés devant le parterre CRIF.

Une tension durable

La tension provoquée par la France entre les deux pays s'inscrit dans une ligne d'ingérence dans les affaires des autres colonies. Il faut que la génération des officiels français revoie la copie de l'histoire qui a inscrit définitivement l'indépendance de l'Algérie depuis 1962, c'est-à-dire que ce pays est souverain dans tout ce qu'il entreprend et la France est un partenaire comme les autres qui peut être déclassé selon les intérêts de tout un chacun. Les propos provocateurs des officiels français, voire parfois insultants ne peuvent jamais dicter des injonctions aux Algériens qui ont payé un tribut très lourd pendant 132 ans. Les circonstances ainsi créées par les extrémistes ont été une aubaine pour faire passer des messages alarmants sur l'immigration, les identités minoritaires et surtout semer un esprit alarmiste et xénophobe, par des mots de la haine et du mépris vis-à-vis des étrangers et notamment la communauté musulmane.

Cette ligne a été initiée par le président hongrois des Français condamné à 7 ans de prison pour corruption et qui tentait de reconquérir une superficie électorale perdue au profit des autres parties en course en se rabattant sur le rythme des notes sionistes. En procédant à une analyse furtive des contenus du discours français sur les Obligations de Quitter le Territoire Français et le cas de Sansal, on peut arriver à une conclusion très simple mais porteuse de signes ostentatoires très graves voire même dangereux pour l'avenir des relations car ils relèvent d'une nostalgie néocoloniale.

En persistant dans cette logique la France officielle raciste ne fait que perdurer cette tension et sera bénéfique pour l'Algérie et pas pour la France, car les intérêts français en Algérie sont immenses et ne peuvent plus être remplacées en Afrique qui veut se débarrasser de la servitude imposée par le colonialisme français, qui reste attentif à la nostalgie de dominer. Des voix objectives voire sages ont essayé d'apaiser la tension en reconnaissant à l'Algérie sa souveraineté dans la gestion de cette affaire, mais il semblerait que le mouvement extrémiste domine la phraséologie française. La tension diplomatique entre la France coloniale et l'Algérie ne trouvera aucune issue avec le maintien du discours hautain voire même de tutelle qui enflamme les sphères officielles de la France soumise à un courant suicidaire animé par la nostalgie de l'Algérie française, qui n'a pas encore digéré l'indépendance du pays.

Et les autres Français... :

C'est la première fois que je me suis intéressé

       aux prisonniers français à l'étranger, pour des délits qu'ils n'ont pas commis. En surfant sur quelques sites électroniques et en parcourant les récits, je suis resté étonné sur la position française qui observe un silence radio au sujet de plusieurs cas plus simples que le cas de l'écrivain algérien Sansal mis en prison pour plusieurs accusations avérées. La conduite de la France vis-à-vis des autres Français est une stratégie humiliante et d'une lâcheté caractérisée puisque ces Français ont été lâchés par la République et ses sbires médiatiques. Ils n'ont pas organisé de tables rondes ni de manifestations, ni appelé les parlements à manifester leur soutien à des Français en prison pour des délits mineurs comme nous allons les voir en détail, ni donné d'ultimatum aux pays qui gardent ces Français dans des conditions catastrophiques1. Nous laissons le soin au lecteur d'apprécier la folie française quant au dossier de Sansal pour la comparer à la grande lâcheté des intellectuels, des médias et des officiels français quant aux cas suivants :

Le premier cas est incarcéré en Russie depuis le 6 juin 2024. Il s'agit de Laurent Vinatier, chercheur spécialiste qui était employé par le Centre pour le dialogue humanitaire, une ONG suisse. Il doit purger une peine de prison ferme de trois ans pour un délit d'oubli de déclaration au niveau des autorités comme « agent de l'étranger» comme l'exige la loi russe du président Vladimir Poutine.

Le deuxième cas est encore plus intrigant quant au silence radio du bazar français de la classe politique et de la communication de masse, puisqu'il s'agit d'un couple français touriste arrêté en Iran et qui sont venus s'ajouter à la liste des autres Français détenus en Iran. Il s'agit de Cécile Kohler et Jacques Paris qui souffrent d'une détention très dure selon Marianne « depuis le 7 mai 2022, le couple de Français est détenu par le régime iranien dans des conditions particulièrement difficiles (...) [Ils] sont incarcérés dans la prison d'Evin, où les conditions de détention sont réputées particulièrement difficiles. La section 209 est celle des prisonniers politiques, et la plus dure. Ils n'ont pas accès à leur protection consulaire et sont soumis à des actes assimilables à de la torture psychologique. Cécile est dans une cellule d'environ 8 m2 où la lumière est allumée jour et nuit. Elle n'a droit qu'à trois sorties de 20 minutes par semaine et dort à même le sol. Elle n'a droit à aucune activité et n'a que de rares contacts humains. Sa santé psychique se dégrade, elle semble à bout de forces. L'état de Jacques est également très préoccupant ».

Pour terminer, on ne peut pas ne pas présenter deux autres cas de « prisonniers dits politiques » puisque deux Français sont détenus depuis « le 4 septembre 2023, Martin Ryan, un homme d'affaires français est arrêté et accusé d'être un espion de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Des allégations « catégoriquement » rejetées par les autorités françaises [en silence et diplomatiquement puisque c'est le ministère des Affaires étrangères qui a le dossier et non pas le ministre de l'Intérieur]. À l'ouverture de son procès le 6 janvier 2025, le juge a indiqué qu'il risquait entre 10 et 15 ans d'emprisonnement (AFP). Son procès se poursuivra le 14 avril prochain ». Le site Marianne poursuit la présentation des prisonniers français en Azerbaïdjan d'une manière qui sied à un Etat le 12 décembre 2023, quelques jours seulement après l'arrestation de Martin Rayan, c'est au tour de Théo Clerc, (...) d'être arrêté par les forces azerbaïdjanaises pour avoir tagué un métro. (...) et directement placé en rétention. Le 12 septembre 2024, il est condamné à trois ans de prison ferme pour « dégradation de biens publics » et « hooliganisme ». Toutes les arrestations, tous les jugements et toutes les condamnations sont récentes et donc ont eu lieu pendant la présidence du président Macron qui a demandé la libération de ses citoyens loin des projecteurs sans oser lever le ton ni instruire ses sujets à insulter les pays qui ont condamné à tort ou à raison ces Français oubliés de l'extrême droite. La France doit travailler pour récupérer ses ressortissant innocents à travers le monde, et ils sont très nombreux en Iran par exemple, et laisser les autres purger leurs peines carcérales en cas de procès et de condamnation par les autres pays surtout ceux qui ont la nationalité du pays qui les juge. Pour terminer, il serait très important de noter que le cas Sansal et tous les rebondissements ont été à l'origine d'une mobilisation en Algérie très rare car il s'agit d'un affront non seulement pour les dirigeants du pays mais surtout pour le peuple algérien qui refuse une fois encore d'être soumis au diktat français, un pays qui ne veut jamais admettre qu'il fut criminel et génocidaire, et que les bonnes heures de la colonisation sont les heures consacrées à l'exécution, la liquidation et les bombardements des Algériens qui ont mené une guerre pour la paix. Il faut peut-être que monsieur Jean-Michel Aphatie revienne avec des cours d'histoire pour que les Français néocolonialistes puissent réaliser que l'Algérie a grandi depuis son indépendance.

Il faut aussi que Benjamin Stora puisse dire au président Macron que la France avait un consul représentant de la France en Algérie et que si l'Etat algérien n'existait pas la France ne l'ait jamais colonisé, ni martyrisé.

Admettre les maux de la colonisation serait une reconnaissance définitive de l'indépendance de l'Algérie. En tout état de cause, l'Histoire ne ment pas avec ses dates et ses événements, et la tutelle colonialiste ne pourra jamais revenir en Algérie.

*Chercheur et auteur en sociologie et en communication

Notes

1- Cf. le verbatim de l'audience publie sur plusieurs site, https://mondafrique.com/a-la-une/le-verbatim-du-proces-de-boualem-sansal. En outre, il n'a a aucun moment demandé a être jugé comme ressortissant français pour ameuter les medias extrémistes de la sorte, puisqu'il affirme selon le journal le monde qu'il ne voulait pas nuire a son pays (l'Algérie): https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/03/20/boualem-sansal-devant-ses-juges-je-n-ai-rien-voulu-faire-contre-mon-pays-je-n-ai-fait-qu-exprimer-une-opinion_6583875_3212.html

2- Conseil représentatif des institutions juives de France, il est l'équivalent du lobby sioniste AIPAC aux Etats Unis d'Amérique.

3- Des détails sont relayés par Valentine Daru dans un article : «Le coût politique de leur libération est élevé» : les otages français détenus à l'étranger seront-ils bientôt libérés ?

In Marianne 23/03/2025, Visite le 29/03/2025.           

Un article sensé puisque il s'agit de s'interroger sur le sort des français emprisonnés a l'étranger avec une phraséologie qui reste plus ou moins française et hautaine mais sans provocation. Cf. https://www.marianne.net/societe/le-cout-politique-de-leur-liberation-est-eleve-les-otages-francais-detenus-a-l-etranger-seront-ils-bientot-liberes.