
J'écris
cette lettre pour demander audience auprès de Bouteflika.
Je ne suis ni ex-ministre de la
République ni historique de la Révolution ni notable.
Je n'ai pas de parti politique comme adresse et je suis loin de me considérer
comme un modèle de patriotisme. Je ne suis qu'un simple citoyen algérien qui
veut rencontrer son président pour lui parler en live puisque, lui, il nous a
jeûné depuis longtemps. Je ne veux rien lui demander ni exiger de lui, je ne
porte aucune revendication socio-professionnelle et
je parle en mon nom propre. Je n'ai aucune prétention politique ni ambition
personnelle, je suis une simple carte d'identité, pas encore biométrique, et
j'ai une fiche de paie toutes les fins de mois en attendant que le gouvernement
arrête de nous payer, crise financière oblige. Je suis né après l'indépendance,
survécu à la guerre de 1990, à cinq présidents, sans compter Kafi, à Octobre et aux émeutes de l'huile et du sucre. Je
suis Algérien de père et de terre et je n'ai pas une autre nationalité en
réserve. J'écris cette lettre pour rencontrer notre raïs, celui de tous les
Algériens, pas seulement d'un clan ou d'une liste de personnalités. Je veux le
voir pour avoir le cœur net car j'ai entendu tellement de choses sur lui. On
m'a dit qu'il est mort, que les images de la télé sont des archives et qu'on
donne des F3 sociaux aux invités étrangers pour qu'ils témoignent de son
existence réelle. Puis, on m'a dit aussi qu'il n'a plus sa tête à lui à cause
de la maladie et que c'est son frère qui pousse le fauteuil roulant et le pays,
à l'occasion. Que c'est un sosie en cire qui gouverne à sa place. On m'a encore
dit que c'est Saadani qui habite dans sa gorge, que Ouyahia tire les ficelles et que Haddad profite de son portefeuille.
On a dit tout et le contraire sur lui parce que lui ne veut pas nous parler.
Nous dire. Je veux rencontrer le Président pour lui dire si tout ça est vrai et
si ce n'est pas lui qui est à la barre, alors qui est en train de nous guider
vers les précipices ? Je veux lui demander pourquoi les autres n'arrêtent pas
de parler en son nom, des ventriloques bavards et inutiles qui polluent le
pays. Je veux l'interroger sur cette vente sur plan d'un pays aux Français qui
sont devenus plus puissants ces dernières années qu'en
130 ans de colonialisme. Je veux savoir si lui veut de nous ou qu'il a divorcé
de nos ombres sans retour. Je veux le rencontrer pour lui dire que les autres
ne l'aiment pas, qu'ils veulent le voir le plus longtemps possible assis en face
de la caméra pour faire leurs emplettes et signer le plus de contrats
possibles. Je n'ai ni confidence à lui faire ni de secrets à lui apprendre, je
veux simplement le saluer, lui offrir un pot de départ s'il veut partir et lui
souhaiter bon rétablissement !