Peu de journalistes le sont, leur gravitation autour des
centres de décisions, de l'administration et de leur intérêt centripète ne leur
permet pas de l'être. La responsabilité des journalistes libres est très
importante, dans une société, leur liberté n'est plus conçue comme un moyen de
résister au despotisme ou être des gardiens des droits et des pourfendeurs des
turpitudes. Ils ne sont ni des juges ni des procureurs et encore moins des
avocats. Ils sont des médiateurs à la recherche des vérités. Comme il n'y a pas
de critère pour établir la vraie vérité, la bonne finira, toujours, par chasser
la mauvaise. Comme l'écrivain fait œuvre de création intellectuelle,
personnelle et individuelle, lue, elle donne des frissons et émeut
l'imagination ; le journaliste émet le message pour inviter à agir. Avec ses
écrits, il doit d'abord aider le public à retrouver le sentiment qu'il peut
s'engager à penser que c'est à lui qu'il appartient de résoudre ses problèmes,
rechercher des solutions. Il ne réussira pas dans son entreprise s'il reste
coupé de son lectorat et résigné à transmettre les informations, en sens unique
et sans retour. Il doit créer des lieux de dialogue entre lui et le lecteur et
encourager l'interactivité dans des forums et des blogs...
Cependant, dans les pays où la censure et l'autocensure sont de règle, quoique
pense et quoique sait le journaliste, le public n'aura pas le droit à toute
l'information, il pourra peut-être la rechercher entre les lignes d'une prose
cryptée, dans une certaine presse et dans des livres édités dans d'autres pays
comme à une certaine époque. On n'est plus là et heureusement, beaucoup d'eau a
coulé sous les ponts depuis octobre 1988. La liberté de penser, de s'exprimer
et d'éditer est de loin meilleure en Algérie que dans beaucoup d'autres pays de
la région. La confiance dans la presse ne peut demeurer intacte quand celle-ci
est clairement enlisée dans des conflits d'intérêts, lorsqu?elle est dépendante
des puissances de l'argent et de la politique et soumise à leur dictat. Elle
perd son indépendance et devient non crédible. Comme le journaliste de
révérence qui se fait mal et fait plus mal encore à sa
corporation, quand il cherche la complaisance et oublie qu'il a une signature à
défendre dans son journal.