Après avoir été condamné par contumace à la réclusion à perpétuité, par
la Justice algérienne pour la plus retentissante affaire d'escroquerie et
détournements de fonds, faux et usage de faux, entre autres chefs
d'inculpation, Rafik Khalifa Abdelmoumen a été condamné, hier mardi, par un
tribunal parisien à 5 ans de prison ferme. Le verdict a été donné par le
Tribunal correctionnel de Nanterre, qui l'a condamné pour avoir détourné des
millions d'euros, après la banqueroute de son groupe, en 2002. Celui que les
médias français avaient, un moment, surnommé le «Bill Gates africain», a été
jugé coupable d'avoir organisé le pillage de sa société juste avant sa
liquidation, en «la vidant de certains de ses actifs, les plus significatifs».
Rafik Abdelmoumen Khalifa était poursuivi par la Justice française pour fraude
et dissimulation d'actifs d'une valeur de plusieurs dizaines de millions
d'euros, dont 3 avions d'une valeur de 5,5 millions d'euros, une douzaine de
voitures de luxe et un domaine sur la Côte d'Azur de 35 millions d'euros, où le
?golden boy algérien' organisait de somptueuses réceptions. En septembre 2013,
le tribunal de Nanterre avait renvoyé, au 2 juin 2014, l'affaire de l'ex-patron
de Khalifa Bank et Khalifa Airways, entre autres sociétés qu'il a créées. La
Justice française voulait, en fait, comprendre un enrichissement soudain. Jugé
par défaut, le parquet parisien avait requis lors de l'audience de juin
dernier, 3 ans de prison, à l'encontre de l'ancien patron de Khalifa Airways,
la Justice algérienne ayant refusé la requête du tribunal de Nanterre qui
demandait sa présence sur le sol français, pour ce procès. Dix autres personnes
étaient jugées dans cette affaire: l'ancienne femme de Rafik Khalifa, un
notaire, d'anciens représentants de l'entreprise en France ainsi qu'un
constructeur et équipementier aéronautique. Trois d'entre elles ont été
relaxées, les autres ont écopé de peines allant de 6 mois de prison avec sursis
à 6 mois ferme. « Ce jugement est une grande déception pour tous les Algériens
qui se sont constitués partie civile, dans ce dossier. Le tribunal a jugé leur
demande irrecevable, pourtant ce sont eux qui ont été ruinés, dans cette
affaire », a souligné Elisabeth Maisondieu-Camus, une avocate des parties
civiles, lors de l'annonce du verdict. La banqueroute du groupe Khalifa aurait
coûté, selon des estimations, entre 1,5 et 5 milliards de dollars à l'Etat
algérien et aux épargnants, qui avaient, par centaines, dont des entreprises
publiques et les OPGI, ouvert des comptes à Khalifa Bank. «On aimerait que ce
procès donne les clés pour comprendre l'ascension fulgurante de M. Khalifa »,
avait estimé, en juin dernier, avant que l'affaire ne soit reportée au 7 octobre
2014, une source judiciaire française. Dans le landerneau de la Justice
française, mais, également, algérienne, où le dossier Khalifa devrait être de
nouveau ouvert, on estime que « Khalifa seul a les réponses ». Selon son avocat
français Me Jean-Yves Le Borgne, « on assiste, ici, à un mélange de reproches
qui ont du sens et d'autres qui sont fantasmés ». Après plusieurs années de
cavale, en Angleterre, Rafik Abdelmoumen Khakifa avait été arrêté et finalement
écroué à Londres, en 2007. Extradé en décembre 2013 vers Alger après avoir été
condamné par contumace à la réclusion à perpétuité, il est depuis incarcéré à
la prison civile d'El Harrach, dans l'attente de la réouverture de son procès
en Algérie. « Nous n'avons pas pu, jusqu'à présent, le voir », a indiqué,
récemment, à la presse un de ses avocats. Seul son frère « a pu le voir »,
ajoute le même avocat.
Le groupe Khalifa, qui détenait plusieurs sociétés, dont la Khalifa TV,
basée à Paris, a « coulé », en 2002. Rafik Khalifa se réfugie en Angleterre.
Après un procès médiatique retentissant, en Algérie, où il est condamné par
contumace à la prison à perpétuité, un mandat d'arrêt international est, alors,
émis par Alger. Arrêté en 2007, puis extradé, en décembre 2013, par la
Grande-Bretagne vers l'Algérie, l'ex- ?golden boy' attend, à la prison d'El
Harrach, d'être entendu par la Justice algérienne. Interrogé par des
journalistes sur ce dossier, lors d'une séance parlementaire, le ministre de la
Justice Tayeb Louh avait affirmé que « tous les dossiers soumis à la justice
déboucheront sur un procès public, conformément aux procédures pénales en
vigueur ».