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Constantine : Colère des travailleurs après la fermeture de l'abattoir communal

par Abdelkrim Zerzouri

La fermeture depuis jeudi dernier de l'abattoir de la commune de Constantine, sis à la zone industrielle Palma, suscite une vague de contestation au sein des travailleurs. Ils étaient nombreux hier à se regrouper devant l'Hôtel de ville pour dénoncer cette décision de fermeture, jugée « brusque et inopportune ». Tous les travailleurs reconnaissent que l'abattoir doit être relooké et réhabilité afin de réunir toutes les conditions de salubrité et, d'une façon globale, améliorer les moyens de travail et éviter les risques sur la santé publique.

Seulement, « le timing est mal choisi, car la décision de fermeture coïncide avec une période où l'activité est très intense et la demande qui ira crescendo d'ici jusqu'au mois de ramadhan », considèrent les contestataires. Et puis, s'insurge un travailleur, « on ne nous a pas consultés à propos de cette fermeture, nous avons appris la mauvaise nouvelle à travers une note affichée mercredi dernier à l'entrée, indiquant que la fermeture prend effet à partir de la date symbolique du jeudi 1er mai ! ». Le mécontentement des travailleurs, mêlé au désarroi d'une mise au chômage forcé, était perceptible au sein des représentants des employés qui se sont déplacés à la Municipalité pour avoir une entrevue avec le P/APC de Constantine. « La mairie doit nous proposer une solution de rechange avant de procéder à la fermeture de l'abattoir. Sinon, comment doit-on s'en sortir avec les commandes des clients et comment vont vivre les 800 travailleurs qui gagnent leur vie sur les lieux ? », clament les protestataires. L'un des représentants des travailleurs a estimé dans ce sillage que cette manière d'agir adoptée par l'APC encourage foncièrement l'abattage clandestin qui sévit déjà sur une large échelle à travers la wilaya, parce que personne ne changera de métier et les travailleurs seront de la sorte dans la contrainte de mener leur activité dans la clandestinité. « Nous avons vécu le calvaire ces deux derniers jours lorsqu'on a sollicité d'autres abattoirs, l'un dans la commune d'El-Khroub et l'autre à Aïn Fakroune (wilaya de Mila), où la pression est devenue automatiquement très forte et où l'on doit subir les charges supplémentaires de transport, les prix d'abattage excessifs, le triple de la normale, exigés par ces abattoirs », indique-t-on. Ajoutant dans ce sens que la voie de l'abattage dans la clandestinité est ainsi toute désignée.

On nous indiquera, aussi que l'abattoir manque tout juste de moyens adéquats pour améliorer les conditions de travail et d'hygiène. « Le camion de ramassage des ordures opère une rotation tous les trois jours, alors qu'il devrait le faire quotidiennement pour assurer un assainissement efficace. Et le nombre des agents chargés de l'hygiène, très réduit en l'état actuel, devrait être renforcé. Si l'on respecte ce minimum les choses iraient beaucoup mieux », estime-t-on non sans souligner que les charges de travaux de réhabilitation des voies d'évacuation et autre nettoiement sont souvent pris sur le compte des locataires ou exploitants des salles de l'abattoir en l'absence d'une autre attention des services de la mairie. Pourtant, l'abattoir réalise des rentrées d'argent pour la municipalité atteignant en certaines périodes de pointe jusqu'à 8 millions de centimes par jour, affirme-t-on.

D'autres voix s'inquiètent de la durée de fermeture qui n'a pas été mentionnée. « La réhabilitation telle qu'on la conçoit devrait durer jusqu'à cinq ou six mois, et c'est une longue période de chômage, insupportable pour les pères de familles », entonne un représentant des travailleurs avec une voix pleine d'angoisse. Jusque tard dans l'après-midi d'hier, les contestataires n'ont pas pu avoir contact avec le P/APC pour lui soumettre leurs doléances. « En tout cas, la décision de fermeture était dans l'air depuis une année, voire plus, il aurait été tout juste mieux indiqué d'engager une concertation avec les exploitants et les travailleurs pour trouver une solution de rechange et penser, au-delà de cette préoccupation socioprofessionnelle, à garantir l'approvisionnement du marché en viande rouge », relèvent encore des contestataires.