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Cité Lescure: Une immense cité avec des problèmes à sa dimension

par T. Lakhal

A la cité Lescure, le bureau d'avocat cohabite sans problème avec le local du vendeur d'eau douce ou du cabinet du médecin. Local de vente d'eau de javel, parking, boutiques d'alimentation générale? bref, mille petits commerces grouillant de vie et d'animation ont transformé tous les débarras situés au rez-de-chaussée en tout sauf leur utilité initiale. Le squat pour les parties communes est devenu la règle de la question du «quoi appartenant à qui», question qui se pose avec acuité ici et partout ailleurs. L'histoire oranaise qui se colporte de génération en génération raconte que dans cet endroit se situait jadis une prison et, au beau milieu, une guillotine. Et qu'on a procédé aux fondations profondes de 30 mètres durant les années 50 pour construire cet ensemble immobilier. Il a été dit également qu'on a retrouvé de nombreux squelettes humains enfouis sous terre, pour dire que la prison a bel et bien existé et que de nombreuses vies ont été arrachées dans les fonds des geôles froides et mortifères.

 Ceci pour l'histoire, pour le reste, il faut noter que cet ensemble immobilier, même s'il n'occupe pas de grands espaces, compte quand même 700 appartements répartis en 23 blocs de 4, 11 et 18 étages. Il ont été habités pendant de longues années en majorité par les coopérants techniques moyen-orientaux venus enseigner au tout début des années 60 et 70 avant d'être cédés en 1981 aux particuliers dans le cadre de la cession des biens de l'Etat. Les ailes d'habitations de cette cité sont harmonieusement agencées et la belle architecture n'est pas une seule vue de l'esprit. Planté en plein centre-ville, cet ensemble compte une petite esplanade qui fait office d'aire de jeu pour les enfants. Deux dômes fixés en son milieu font rentrer de l'air dans l'immense sous-sol transformé en parking pour véhicules. Le propriétaire c'est l'OPGI, qui fait payer les automobilistes les 2.200 dinars mois pour le gardiennage.

 Ce parc, il y a quelque temps, servait de station de taxis pour l'ancienne COPEMAD (téléphone par taxi). Les parties communes sont bien entretenues grâce au travail de femmes de peine que les locataires payent sur leurs comptes. Et le grand problème comme partout ailleurs ce sont les ascenseurs dont leur majorité ne fonctionnent pas. En 2007, cette cité a fait l'objet d'une grande opération de réhabilitation comme ce fut le cas pour d'autres grands ensembles de la ville. Les choses, à la suite de cette opération, ont empiré, explique un ancien du comité de la cité, tout en ajoutant que «ce qui marchait a été arraché et remplacé par du toc comme les canalisations d'eaux usées. Même les ascenseurs n'ont pas été remplacés, seuls leurs organes ont été laissés tels quels presque abandonnés et on ne sait plus vers qui porter nos doléances tout en sachant que les vieux habitants sur les hauteurs ne sortent plus de leurs appartements».

 Au niveau des terrasses tout a été décapé et remplacé par une étanchéité qui fuit de partout et le grand garage situé dans les sous-sols est devenu une véritable sebkha où pullulent rats et autres rongeurs. Pendant l'été, c'est le calvaire des moustiques et les odeurs qui polluent l'air ambiant. Les infiltrations dans les appartements sont nombreuses et chacun fait comme il peut pour les colmater. L'ancien carrelage qui tapissait le grand espace central a été remplacé par un autre qui n'a pas résisté à l'épreuve du temps. Et avec les camions qui entrent, ainsi que toutes sortes de véhicules, ce parterre a été saccagé. L'éclairage public est inexistant et pour le ramassage des ordures de toute la cité, un seul agent a été affecté par le secteur de Sidi El-Bachir, mais qui ne peut rien faire à lui seul, précise l'ancien président de comité, qui dit s'être fatigué pour rien d'avoir essayé d'améliorer les choses.

Cette cité ressemble à bien d'autres dans ses travers et ses manquements mais comme ultime élan de générosité, ses locataires se font un devoir de cotiser à travers l'association de bienfaisance à chaque fête religieuse, rentrée scolaire, ramadhan pour venir en aide aux plus démunis.