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![]() ![]() ![]() ![]() Elle a été condamnée, ils ont
été condamnés, elles ont été condamnées. A cause du vêtement. Le pantalon, la
burqua, le voile, ou la djellaba. C'est selon l'endroit, le pays et le sexe.
Ainsi, et pendant que l'Algérie de gauche ou des idées et des droits de la
femme accueille la journaliste soudanaise au joli nom de Loubna Hosseine, des
conducteurs à Djelfa se font retirer leurs permis sur un malentendu entre la
casquette et la Chéchia. Le point commun entre ces deux faits ? Le vêtement qui
dérange. La conduite ou la bonne conduite. Loubna Hosseine a été condamnée en
juillet dernier à la prison pour avoir porté un pantalon jugé « indécent » par
la justice de son pays, rapporte le monde entier. Elle est depuis quelques
jours l'invitée de l'Algérie, des Algériennes et des Algériens à parler de son
pays qui n'est pas uniquement Oum Dourmane mais le vrai Soudan où n'importe
quelle Oum de Dourmane ou de Béchir peut être fouettée pour un short ou un
pantalon. Loubna a été invitée pour animer la campagne lancée par des
associations à l'occasion de la Journée internationale de la femme, intitulée «
Kif-kif devant la loi » en faveur de lois civiles égalitaires entre les hommes
et les femmes, rapporte un journal.
La même source explique que selon Loubna, pour la seule année 2008 près de 43.000 femmes ont été fouettées pour des questions d'accoutrement. Contrairement à elle qui est connue et qui est journaliste et qui travaille pour les Nations unies, les autres, toutes les autres ne s'appellent pas Loubna et ont donc été fouettées. Ceci pour le chapitre «bien se conduire». Reste le chapitre «bien conduire». Là, zoom sur Djelfa, une wilaya de l'Algérie où l'Algérie est froide et les hivers durs et le mouton récalcitrant. Là où nos ancêtres, coincés entre la mer et le troupeau ont inventé la Djellaba, premier scaphandre contre l'hiver, signe ostentatoire de notre algérianité, vêtement noble et beau, vivant et parfumé. Selon le nouveau code de la route, dont on ne sait pas encore les détails, la Djellaba est interdite à cause du chapitre « conduite gênante ». Le code ne le dit pas clairement, ni la gendarmerie, ni la police, mais il se trouve que certains ont déjà subi le PV et le retrait de permis de conduire à cause de la Djellaba. Selon les journaux, la vague de colère risque de soulever les hauts plateaux et les steppes algériennes : les Djelfaoua tiennent à leur Djellaba comme Belkhadem à son Burnous. (Le Burnous d'un ministre peut-il constituer une cause de conduite gênante ?). S'en suivra des luttes, des protestations, des pétitions et des précisions. Donc la Djellaba est comme le pantalon car avec une djellaba, on peut même se passer de pantalon. La Djellaba a fait la guerre de libération, soutient contre le froid, illustre nos racines et témoigne de nos troupeaux. Les Djelfaoua ont donc été des héros : ils refuseront. Quitte à ne plus jamais conduire. Le problème ? Selon le cas. Loubna ne veut pas enlever le pantalon même sous le fouet, les Djelfaoua n'enlèveront pas la Djellaba même avec une forte amende. La conclusion est pourtant ailleurs. Elle est dans le cerveau. Dans les pays de la planète d'Allah, il en va ainsi : on réduit l'islam à une histoire de pantalon, là où on réduit la sécurité routière à une lutte contre la Djellaba. Bien sûr le Soudan a mieux à faire et les Djelfaoua aussi, mais il en est ainsi. Il y a des époques où des pays entiers s'enfoncent dans le ridicule. On l'a vu avec la France contre le voile, on le voit au Soudan avec El Béchir contre un pantalon ou à Djelfa avec la lutte contre l'hécatombe des routes par le déshabillage en plein hiver. Dernière question ? Pourquoi les arabes n'aiment pas que les femmes portent des pantalons ? Officiellement à cause de l'indécence. Psychanalytiquement, à cause de l'identité des contraires : il ne reste parfois que le pantalon, en effet, pour distinguer les sexes dans nos géographies nationales. N.B: les Djelfaoua ne seront pas fouettés, Loubna est un «vrai homme», les hommes portent des Djellabas. |
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