Voilà donc venir les temps où les Algériens font la Une des
médias des bords du Nil. Après l'hystérie, le délire, le fantasque et le
loufoque, nous voilà ainsi envoyés dans la planète des confins reculés de la
civilisation par les médias égyptiens, tous bords confondus. L'Algérien lambda,
comme le footballeur, l'artiste ou le politique, a déclenché la plus vaste, la
plus délirante et la plus violente campagne médiatique que les TV et autres
journaux d'Egypte aient pu organiser depuis ces vingt dernières années. Ni la
sauvage agression, qui a fait plus de 1.000 martyrs palestiniens à Ghaza, par
les forces d'occupation israéliennes l'année dernière presque à pareille
époque, ni toutes les agressions d'Israël contre le peuple palestinien n'ont
réussi à soulever une telle fureur médiatique des Egyptiens. A moins qu'ils
aient un contentieux territorial avec l'Algérie, ce déchaînement des médias
égyptiens contre tout ce qui vient du pays des ?'One, Two, Three, Viva l'Algérie''
ne s'explique pas, quand bien même une élimination en coupe du Monde peut être
frustrante, cuisante. C'est dans cette ambiance qui a dérapé sur une
préoccupante chasse à l'Algérien dans les villes égyptiennes, que les bruits de
sabots de nos valeureux moutons, bien en cornes, commencent à faire oublier le
vacarme ennuyeux du Caire. Car, sitôt la victoire acquise, la qualification en
poche, les Algériens, qui ont fait un magnifique pied de nez aux Egyptiens qui
pleurnichent maintenant par TV interposées sur la bataille de Khartoum
remportée par les Verts, la réalité revient au galop et rattrape le quotidien
de ces braves qui ont fait la campagne de Khartoum. En fait, c'était un
mouvement coordonné par les maquignons et autres revendeurs de moutons : au
lendemain du match de Khartoum, les moutons, par miracle, se sont réappropriés
nos quartiers. Qu'elles étaient rassurantes ces belles bêtes bien de chez nous,
avec de belles cornes, la toison bien propre et bien en chair. Pour autant, le
débat vire vite aux prix inaccessibles de la bête. Le mouton de l'Aïd 2009 sera
cher. Très cher. Les ménages, encore une fois, vont faire des sacrifices. Comme
de coutume. Mais, cette fois-ci, il aura une saveur particulière : il portera
le goût d'une belle victoire qui a produit une chose extraordinaire, à peine
imaginable il y a quelques mois : une parfaite symbiose de tout un peuple
autour d'une équipe de football.
Une symbiose
tellement extraordinaire, tellement stupéfiante, que même l'ANP, pourtant
généralement réservée, a montré la voie pour les milliers de supporters qui
attendaient sur le bord de la route un avion en partance pour Khartoum.
Incroyable ! Et tout aussi déroutants ces Algériens, râleurs comme pas un, unis
dans l'adversité, et féroces contre celui qui se présente à eux en ennemi. Le
mouton 2009, même ?'Skhoun'', aura quand même cette saveur si douce d'une belle
victoire qui a laissé sur le tapis, et pour longtemps, un adversaire tricheur,
ringard et chicaneur. Aux dernières nouvelles provenant du marché à bestiaux
d'El-Harrach, il y aura cette année une importation de moutons en provenance du
pays des Pharaons. Vrai ou Faux ?